© Otto, de Tomi Ungerer

Peut-on parler de tout dans les livres pour enfants ?

Judith Histoires d'aujourd'hui 7 Comments

Les histoires pour enfants sont souvent gaies et joyeuses, avec des couleurs et des sujets légers. Pourtant, certains auteurs abordent des questions plus graves, comme la guerre et l’holocauste dans l’album de Tomi Ungerer, Otto – Autobiographie d’un ours en peluche.

© Otto, de Tomi Ungerer

© Otto, de Tomi Ungerer

Otto est un ours en peluche qui a vécu une vie très mouvementée : son premier maître fut un petit garçon juif qui dû l’offrir à son ami allemand avant d’être déporté. De péripéties en péripéties, l’ours connaît la guerre, la violence des années qui suivent, mais aussi l’espoir et l’amitié. Très engagé, Ungerer profite de son immense talent pour défendre le devoir de mémoire. Mais ce sujet – terrifiant – est-il adapté aux enfants ? Et à partir de quel âge ?

© Otto, de Tomi Ungerer

© Otto, de Tomi Ungerer

Sur un thème moins dramatique, mais non moins sérieux, l’album Pénéloppe aime sa planète, aborde la question de l’environnement et des gestes à faire pour préserver les ressources naturelles.

© Pénéloppe aime sa planète, Anne Gutman & Georg Hallensleben - Gallimard Jeunesse

© Pénéloppe aime sa planète, Anne Gutman & Georg Hallensleben – Gallimard Jeunesse

A mon sens, cela soulève la question suivante : la littérature pour enfants doit-elle se contenter de les divertir, ou peut-elle également éveiller les consciences des plus petits aux réalités du monde adulte ? Vaut-il mieux se contenter de lire les histoires de Petit Ours Brun à son enfant ?

Pour ma part, je pense que la littérature doit refléter la réalité telle qu’elle nous apparaît à tous, et qu’il est primordial d’enseigner aux plus jeunes les événements de notre passé, mais aussi qu’il arrive parfois des événements dramatiques que l’on peut surmonter grâce à la tolérance et à la solidarité.

Sur un sujet plus sensible encore, peut-on parler de monstres, de loup, d’ogres, comme le font les contes, ou d’horreurs contemporaines comme la guerre, les injustices, la souffrance, ou risque-t-on de traumatiser les enfants en les exposant à la violence ? C’est un autre débat, et j’y reviendrais dans un article sur la violence des contes de fées.

A mon sens, un livre se choisit avec beaucoup de soin pour un enfant, et pourra lui parler à une étape de sa vie où il est prêt à entendre certaines choses. Lorsqu’il commence à s’interroger sur la mort par exemple, on pourra lui proposer une histoire qui traite de ce thème. Je fais la même chose quand je choisis mes propres lectures : j’ai attendu de longues années avant de lire Voyage au bout de la nuit de me sentir prête. Quand on découvre une œuvre qui nous parle de notre vie de tous les jours, des questions qu’on se posait justement, quand elle nous ouvre de nouvelles perspectives, c’est un vrai bonheur. Je suis sûre que c’est la même chose pour les enfants.

Et vous ? Qu’en pensez-vous ?

Comments 7

  1. Urbanie

    C’est intéressant comme sujet, j’ai hâte de lire l’article sur la violence dans les contes de fée! Je trouve ces sujets fascinants!

    Parce que justement, les contes de fée jouent un rôle très important dans l’émancipation de l’enfant (je parle des classiques, pas des remakes hyper édulcorés version Disney!). PArler de violence, c’est aussi parler de la vie, et de ce qui attend l’enfant lorsqu’il grandira. Tu connais sans doute « La psychanalyse des contes de fée de Bruno Bettelheim? », qui en parle avec beaucoup de justesse? Depuis que je l’ai lu, j’avoue ne plus du tout voir les contes de mon enfance de la même manière! :)

    1. Judith

      Oui je suis assez d’accord avec la version de Bettelheim (j’ai adoré son livre !), et j’en parlerai dans mon article sur la violence dans les contes. Je pense comme toi que nier la violence ou tout sentiment négatif n’est pas une solution pour l’enfant qui sent bien qu’il a parfois envie d’être méchant, ou que les autres enfants (et adultes aussi parfois) sont agressifs. C’est important de parler de ces sujets qu’il vit aussi dans sa vie de tous les jours, pour lui apprendre à reconnaître ces émotions en lui et aussi dans ceux qu’il côtoie pour mieux se construire.
      Mais c’est quand même tout un débat : quand on lit Barbe-bleue, c’est vrai que c’est une histoire de serial-killer qui trucide ses femmes, et le Petit Poucet, c’est une histoire d’ogres qui mangent les petits enfants…
      Pour en revenir au sujet de l’article, selon moi, la richesse de la littérature, peu importe à qui elle s’adresse, c’est de divertir, mais aussi de parler de tout. Et donc de sujets de société qui nous concernent tous. L’enfant finira bien un jour par entendre parler de la guerre, il apprendra l’holocauste à l’école… Pourquoi ne pas l’aborder aussi au cours de ses lectures ?

  2. Lutine

    Il est vrai que s’indigner de la présence de sujets durs comme ceux-ci serait quelque peu hypocrites, car les contes sont bien loin d’être tendres…
    Certes, il ne s’agit pas de lâcher ça dans les mains d’un enfant sans l’accompagner, être prêt à en parler avec lui, etc. Mais ça, finalement, c’est valable pour tout ! :)

    1. Judith

      Absolument! D’ailleurs quand on préserve un enfant de tout, on ne lui rend pas service car il n’a du coup aucune notion du danger. Je pense effectivement qu’un enfant doit être accompagné dans sa découverte du monde, mais sans tout aseptiser…

  3. Loulou

    Ton article est très juste.
    je suis d’accord qu’un livre peut être un bon support pour aborder différents thème de la vie. Il est vrai qu’un tout petit peut avoir peur et il faut choisir avec soin ce dont onlui parler, mais on se doit de le « préparer à la vie » et je pense que dissimuler les choses « qui fâchent » alors qu’il semble prêt à les entendre et questionne à leur sujet est une erreur.
    Bref, quand l’enfant est prêt, je pense qu’aucun sujet n’est tabou et un livre illustré est un merveilleux moyen d’appuyer nos propos.

    1. Judith

      Merci pour ton commentaire ! On est d’accord alors, et puis les illustrateurs d’aujourd’hui sont des artistes exceptionnels qui savent employer les mots justes. Certains albums sont de véritables bijoux. C’est dommage de passer à côté.

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