Mon amour, de Pauline Martin et Astrid Desbordes

Mon amour : lecture pour une éducation bienveillante

Judith Histoires d'aujourd'hui Leave a Comment

Quand il s’agit d’éducation, on parle beaucoup de bienveillance ces temps-ci, de parentalité positive. Arrêter de crier, ne surtout pas lever la main sur son enfant, parler avec des tournures de phrase positives, expliquer et s’excuser si l’impatience prend le dessus. Évidemment, on a tous envie d’élever nos enfants dans une atmosphère chaleureuse et rassurante : imposer des limites tout en minimisant la part de frustration et de colère, et renforcer chez le petit son sentiment de sécurité intérieure et de confiance, en lui et en ses proches.

Mon amour, de Pauline Martin et Astrid Desbordes

© Mon amour, de Pauline Martin et Astrid Desbordes

Sur le papier, c’est très convaincant. Mais parfois, c’est difficile à mettre en place lorsqu’on est fatigué, stressé, et qu’une nouvelle bêtise ou crise de notre enfant viennent mettre nos nerfs à rude épreuve. Inévitablement, il arrive des moments où l’on perd son calme, où la bêtise est trop grosse, trop dangereuse, et on élève la voix, on gronde très fort. Pour le petit, c’est parfois très dur de voir le parent qu’on aime se mettre à crier, à devenir tout rouge, et se fâcher. C’est aussi parfois dur de comprendre  les émotions qui l’envahissent lui-même. Il se sent parfois un peu dépassé par ce monstre rouge qui s’empare de lui, ou de sa maman, de son papa. J’ai déjà parlé de la colère, cette émotion envahissante et effrayante, abordée par l’album Grosse colère.

Dans les contes aussi, on rencontre très souvent le personnage de la marâtre : cette figure maternelle abominable qui n’est souvent pas la mère mais la belle-mère. Bettelheim parle dans son livre Psychanalyse des contes de fées de l’enfant qui scinde

l’image du père ou de la mère, mettant d’un côté les aspects bienveillants et de l’autre les aspects menaçants […] Ces fantasmes aident l’enfant ; ils lui permettent de se sentir vraiment en colère contre l’usurpateur « martien », ou contre les « faux » parents, sans avoir l’impression qu’il est coupable. C’est ainsi que la division de la mère en deux personnages (si caractéristique des contes de fées) : une mère bonne – le plus souvent décédée – et une méchante marâtre, rend un grand service à l’enfant.

En un mot, l’enfant à du mal à concevoir que son parent peut à la fois lui faire des câlins, jouer avec lui, et se mettre à crier et à le gronder très fort (parfois sans qu’il en comprenne vraiment la raison). Et grandit alors en lui l’angoisse que son père ou sa mère, dont il dépend totalement et qu’il aime très fort, ne l’aime plus, lui, car il a été « méchant ». Comment rassurer son enfant dans ce cas-là ? Comment lui faire comprendre que, malgré les moments de colère, d’énervement, malgré aussi l’éloignement et la séparation, ses parents continuent de l’aimer de manière inconditionnelle ? Comment instaurer dans son cœur de façon indélébile la certitude que, quoiqu’il arrive, il est aimé de façon absolue et illimitée ? Je pense que c’est ce que souhaite chaque parent.

Mon amour, de Pauline Martin et Astrid Desbordes

© Mon amour, de Pauline Martin et Astrid Desbordes

C’est pourquoi j’ai trouvé un album qui répond très bien, à mon sens, à cette question. Il s’agit de Mon Amour, de Pauline Martin et Astrid Desbordes, aux éditions Albin Michel Jeunesse. Au moment de se coucher, le petit Archibald demande à sa maman « est-ce que tu m’aimeras toute la vie ? » Il s’ensuit une série d’images très tendres qui expliquent que sa maman l’aime depuis qu’il est né, et même avant, quand il est beau dans son costume et aussi quand il est couvert de boutons de varicelles. Je vous laisse découvrir en images quelques exemples dans cet article.

Mon amour, de Pauline Martin et Astrid Desbordes

© Mon amour, de Pauline Martin et Astrid Desbordes

Je trouve que cet album exprime avec talent et juste assez d’émotion l’amour d’un parent pour son enfant, sans verser dans la niaiserie : il m’a beaucoup ému. Il est parfait à mon sens pour rassurer le jeune lecteur sur les sentiments de son père ou de sa mère, et sa lecture est très douce : mon fils l’écoute avec une grande attention, blotti sur mes genoux (même s’il est surtout fasciné par la page où la maman et le garçon regardent passer un bateau). Et quand bien même l’enfant n’a pas besoin d’être rassuré, avoir cet album dans sa bibliothèque lui permet à tout moment de réclamer sa lecture s’il en ressent le besoin. Un peu comme son papa ou sa maman, toujours disponibles pour un gros câlin.

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