Extrait du film La Belle et la Bête, de Jean Cocteau, avec Jean Marais

Les contes de fées sont-ils misogynes ?

Judith Contes d'autrefois, En savoir plus sur les contes 5 Comments

On reproche parfois aux contes de véhiculer certains principes sexistes qui conditionnent les petits dès l’enfance : je veux vous montrer que ce n’est pas le cas de tous les contes, et secouer quelques préjugés.

J’en entends déjà certain(e)s bondir au créneau, avec pour argument « les contes ont été écrits par des hommes ». Faux et archifaux. Certains contes ont été retranscrits par des hommes. Mais pas seulement. Il existe aussi beaucoup de conteuses : Madame Leprince de Beaumont par exemple. Si le nom ne vous dit rien, sachez que c’est elle qui a écrit La Belle et la Bête. Oui oui, cette histoire où la jeune-fille, par son courage et son amour désintéressé permet à une bête hideuse de recouvrer sa forme originale.

Extrait du film La Belle et la Bête, de Jean Cocteau, avec Jean Marais

© extrait du film La Belle et la Bête, de Jean Cocteau, avec Jean Marais

Au XVIIe siècle, ce sont les femmes qui se mettent à raconter des contes dans les salons mondains, afin d’affirmer leur intelligence et de trouver une certaine émancipation intellectuelle : c’est d’ailleurs Madame d’Aulnoy qui invente le terme de « contes de fées ».

Certes, dans beaucoup de contes, les femmes ont le mauvais rôle : sorcières, marâtres, mères indignes qui n’hésitent pas à abandonner leurs enfants dans la forêt, et j’en passe… Les vilaines dames sont légions. Jalouse ou langue de vipère, c’est souvent la femme qui parvient à convaincre son mari, faible et sans volonté, d’accomplir les pires actions contre son gré. Il y a donc indiscutablement un certain sexisme dans les contes : on prête le mauvais rôle à la femme, descendante d’Eve, à l’origine de la chute de l’Homme du paradis éternel. Il ne faut pas oublier que les contes reflètent aussi la culture et l’idéologie d’une époque. Ils sont aussi sujet à interprétation : on leur plaque parfois une signification, alors qu’on peut en faire une lecture totalement différente.

Les idées reçues prétendent que dans les contes de fées, la jeune fille faible et désemparée est sauvée par un prince fort et invincible. Moi je veux vous montrer que les femmes ont parfois, et même souvent, le pouvoir dans les contes. Et qu’elles font preuve de courage, de force, d’intelligence. Petite sélection :

  • La Petit Sirène : c’est elle qui sauve le prince de la noyade. Amoureuse, elle décide de quitter sa famille, de sacrifier sa jolie voix, et d’endurer mille souffrances pour obtenir une paire de jambes. Tout ça pour gagner l’amour d’un homme, qui, il faut le dire, n’est pas très fut fut.
  • La Belle et la Bête : elle accepte de se livrer à la bête afin de sauver son père.
  • Hansel et Gretel (Jeannot et Margot en français) : c’est Gretel qui pousse la sorcière dans le four alors qu’elle s’apprête à cuire son frère.
  • Les Douze frères : ce conte est moins connu. En résumé, il s’agit d’une jeune fille dont les douze frères ont été changés en corbeaux. Le seul moyen pour eux de recouvrer leur aspect humain est que leur sœur passe 7 ans sans prononcer la moindre parole (torture ultime pour une femme, non ?). Sa langue ne se délie pas, même lorsqu’elle est accusée à tort et condamnée à brûler vive. Même quand les flammes commencent à la brûler.
  • Les Mille et Une Nuits : Shéhérazade, par son ingéniosité et ses talents de narratrice, parvient à maintenir en haleine le roi en lui racontant chaque nuit un conte. Trop impatient de connaître la suite, il lui laisse la vie sauve au petit matin, afin d’entendre la suite le soir venu. Sa patience et ses talents de conteuse lui permettront de gagner le cœur de cet homme qui avait perdu toute confiance dans le genre féminin.

Dans beaucoup de contes, c’est la femme qui est l’héroïne principale. Le prince qui vient la délivrer, ou qui tombe sous son charme, ne représente métaphoriquement que la récompense accordée à la jeune fille : Cendrillon, Blanche Neige, la Belle au bois dormant… Le prince arrive à la fin et sauve l’élue de son cœur par hasard et souvent malgré lui. Ainsi, dans Blanche Neige, c’est en emportant le cercueil de verre et en trébuchant sur une racine (Oups !) qu’il parvient à déloger le morceau de pomme coincé et à la réveiller. Loin d’être le héros sur son fidèle destrier, le fameux prince charmant est réduit au symbole de « récompense » pour l’héroïne, qui parvient à s’affranchir de sa condition (une belle-mère jalouse très souvent) et à prendre son indépendance. L’histoire d’amour est souvent réduite au minimum, car elle est uniquement un prétexte, une métaphore – tout comme le trésor ou le royaume que reçoit souvent le héros et qui symbolise la richesse intérieure, l’accomplissement personnel.

En bref, les hommes dans les contes sont très souvent de gros benêts un peu lâches, à la merci de femmes manipulatrices ou plus intelligentes, et même plus courageuses. Et ça fait du bien !

Comments 5

  1. catherine

    Haha j adore. Je vote quand même pour hansel et gretel pour la palme du conte féministe. Parce qu en plus c est une petite fille du coup ça m est bien utile au travail. Comparée à boucle d or et autre chaperon rouge bien naïves. ..
    xx

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