Le Petit Poucet par Gustave Doré

Les contes, un voyage à travers le monde et les siècles

Judith Contes d'autrefois, En savoir plus sur les contes Leave a Comment

Avez-vous jamais remarqué combien le Petit Poucet ressemblait à Hansel et Gretel ? Dans les deux contes, il y est question d’un couple de bûcherons qui a du mal à nourrir leurs enfants, et qui décide de les abandonner dans la forêt. Certes, dans le Petit Poucet, il y a sept enfants, et dans Hansel et Gretel un frère et d’une sœur. Mais dans les deux histoires, il est question de petits cailloux pour retrouver leur chemin. On note donc des détails qui diffèrent d’un conte à l’autre, mais il existe bel et bien une souche commune.

Le Petit Poucet par Gustave Doré

Le Petit Poucet par Gustave Doré

Il m’arrive très souvent de lire un conte et de me dire « Tiens, ça me dit quelque chose, mais ce n’était pas exactement la même histoire ». En effet, les contes ont été transmis oralement, et ont donc subi des altérations en fonction des régions et des époques où ils étaient racontés. Du coup, certains follkloristes ont tenté de classer les contes par « conte-type ». Cela a donné la classification Aarne Thompson, établie au XIXe siècle, qui a aussi le grand intérêt de  retranscrire une immense diversité de contes, tout en isolant les motifs et les variantes culturelles.

Le terme « motif » désigne un passage que l’on va retrouver décliné dans plusieurs histoires (d’où le terme motif : un « dessin » qui se répète). Par exemple, le motif de la pantoufle de Cendrillon peut être rapproché de l’anneau de Peau-d’Âne : dans les deux contes, il est question d’un prince qui cherche la jeune-fille dont il est épris à l’aide d’un objet lui appartenant et qu’elle seule peut revêtir parfaitement. La récurrence de certains motifs, comme celui de « trouver chaussure à son pied », est à mon sens, un témoignage passionnant de l’empreinte que peut avoir une histoire sur l’imaginaire collectif, et ce, quelque soit la culture, l’époque et le lieu où on la raconte. L’histoire de Cendrillon par exemple est encore aujourd’hui déclinée et reprise dans des films, des romans, partout dans le monde. Pourquoi ? Il y a forcément dans cette histoire quelque chose qui fascine les hommes depuis toujours. Pour moi, les contes sont l’exemple même que l’homme aime se raconter des histoires, et même, qu’il aime raconter certains types d’histoires : des histoires de sorcières, de jeunes filles qui rencontrent leur prince charmant, des histoires de loup. Et ce, quelque soit sa culture, ses préoccupations quotidiennes, son époque, le degré de développement de sa civilisation. Il y a des histoires qui le fascinent. C’est un peu comme ces hommes préhistoriques qui réalisaient déjà des œuvres d’art. On touche du doigt, selon moi, avec les contes, un aspect primitif de la condition humaine. C’est à dire le fait qu’on a tous besoin de se divertir en imaginant des histoires, de créer, d’inventer. De rêver.

A force d’avoir été répétés pendant des siècles (sinon des millénaires), les contes de fées se sont de plus en plus affinés et se sont chargés de significations aussi bien apparentes que cachées ; ils sont arrivés à s’adresser simultanément à tous les niveaux de la personnalité humaine, en transmettant leurs messages d’une façon qui touche aussi bien l’esprit inculte de l’enfant que celui plus perfectionné de l’adulte.

Bruno Bettelheim, Psychanalyse des contes de fées

Cette classification donc a permis de réaliser des catalogues de contes, et de les répartir par numéro. Certes, cela semble un peu enlever de la magie à ces histoires, mais elle permet aussi de mieux les comprendre. Cela dit, il est parfois difficile de déterminer la souche commune de différentes versions d’un même conte (c’est-à-dire le conte-type), puisqu’on ne peut retourner à son origine. Cela reste donc avant tout un outil empirique qui permet toutefois de dégager certaines tendances : contes d’animaux, contes merveilleux, contes religieux, et de sauver de l’oubli des centaines d’histoires. C’est en parcourant ce catalogue inépuisable que j’ai découvert une version de la Petite Moitié de Poulet, que me racontait ma grand-mère, et que je croyais oubliée depuis longtemps !

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