Illustration d'Arthur Rackham (1909)

La Balle d’or

Judith Contes d'autrefois, Histoires à raconter Leave a Comment

Il était une fois vivait un roi dont toutes les filles étaient belles, mais la plus jeune était la plus belle d’entre toutes. Non loin du château, il y avait une grande et sombre forêt et, dans la forêt, sous un vieux tilleul, un puits. La dernière fille s’y rendit un jour qu’il faisait très chaud. Elle jouait avec une balle en or massif, et s’amusait à la lancer en l’air de plus en plus haut, admirant les éclats du soleil qu’elle renvoyait. Alors qu’elle envoyait la balle au plus haut, il arriva que la balle glissa et roula sur le sol, jusque dans le puits, qui était si profond et si sombre qu’on n’en voyait pas le fond. La jeune fille se mit à pleurer de grosses larmes qui glissaient sur la pierre et tombaient dans le puits.

Illustration d'Arthur Rackham (1909)

Illustration d’Arthur Rackham (1909)

Comme elle gémissait ainsi, elle entendit une petite voix qui montait du puits. En se penchant, elle aperçut une grenouille qui sauta sur le rebord :

–         « Pourquoi pleures-tu si fort, princesse ?

–         Ah, petite grenouille, je pleure ma balle d’or qui est tombée tout au fond du puits.

–         Ne pleure plus, je vais t’aider. Mais je souhaite quelque chose en échange.

–         Tout ce que tu voudras. Je te donnerai des perles et des diamants, et même ma couronne d’or que je porte sur la tête, car je tiens beaucoup à cette balle.

–         Je ne veux ni de tes perles, ni de tes diamants, ni de ta couronne. Mais si tu me prends comme compagne, si je peux m’asseoir à table à côté de toi, manger dans ton assiette, boire dans ton gobelet et dormir dans ton lit, si tu me promets tout cela, j’irai chercher ta balle au fond du puits.

–         Je te promets ce que tu veux en échange de ma balle d’or. »

Aussitôt, la grenouille plongea au fond du puits, et ramena à la surface, dans sa bouche, la balle d’or. Folle de joie, la princesse ramassa la balle et partit en courant, oubliant sa promesse et la grenouille.

Le lendemain, alors qu’elle était à table et qu’elle mangeait dans sa jolie assiette d’or, on entendit plouf ! plouf ! plouf ! Quelque chose qui montait l’escalier de marbre. Puis on frappa à la porte et une voix dit:
– « Fille du roi, la plus jeune, ouvre-moi ! »
Elle se leva de table pour voir qui était là. Quand elle ouvrit, elle aperçut la grenouille. Elle referma bien vite la porte et alla reprendre sa place. Le roi lui demanda alors:

–         « Qui est à la porte, mon enfant ? »

La princesse n’osa pas mentir à son père et lui raconta toute l’histoire. Celui-ci se fâcha et ordonna à sa fille d’aller ouvrir à la grenouille et de tenir sa promesse. En tremblant, la jeune fille alla ouvrir.

La grenouille entra dans la salle, puis en sautillant, elle suivit la princesse jusqu’à sa petite chaise en or, et quand elle fut installée sur la chaise, elle demanda à monter sur la table. Quand elle y fut, elle demanda à manger dans l’assiette de la princesse. Celle-ci était tout à fait dégoûtée de devoir partager sa nourriture dans sa belle assiette en or, mais elle n’osait pas désobéir à son père et accepta. La grenouille mangea de bon appétit, et but jusqu’à satiété dans le gobelet d’or que lui tendait la princesse.

Après le repas, la grenouille demanda alors qu’on l’emmena dans la chambre de la princesse, où elle dormirait à ses côtés. À ces mots, la princesse ne pu retenir un frisson mais elle dû se résigner à emmener la grenouille avec elle et à la coucher à ses côtés dans les draps fins de son joli petit lit. Cette nuit-là, elle eut beaucoup de mal à trouver le sommeil, tant le contact de la grenouille lui était désagréable. Mais il vint enfin car toutes choses finissent par arriver lorsqu’il est temps.

Au petit matin, lorsque la princesse se réveilla et ouvrit les yeux, elle se retourna dans son lit, mais la grenouille avait disparu. Au pied du lit se trouvait un jeune homme, agenouillé, qui la regardait avec des yeux très tendres. Il lui expliqua qu’une sorcière l’avait transformé en grenouille, et que seule une jeune fille qui l’accueillerait comme son égale avait le pouvoir de lui rendre sa forme initiale. Comme ils étaient tous les deux jeunes et très beaux, ils tombèrent amoureux. Leurs noces furent célébrées peu après, et durèrent une longue semaine.

Derrière le conte…

Ce conte est une adaptation de La Fille du Roi et la Grenouille, des frères Grimm. C’est aussi une version du thème très répandu de la belle et la bête ou du prince transformé en grenouille : au début, la princesse éprouve du dégoût pour l’être de sexe opposé (métaphoriquement représenté par une bête répugnante) puis elle parvient à l’accepter. Cette métamorphose (de l’animal en homme et des sentiments de répulsion en amour) représente le passage à la puberté de l’enfant qui devient adulte.

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